Canines incluses – Revue de littérature

Canines incluses - Revue de littérature

Notre revue, dès 1968, proposait une analyse bibliographique sur le sujet des canines incluses.
Le nombre important de travaux sur ce sujet, ainsi que de numéros de la revue consacrés à ce thème, témoigne que le diagnostic, le choix thérapeutique et enfin la mise en place de cette dent reste un problème délicat. Nous proposons ici, si tant est que
cela soit possible, une comparaison des techniques de 1968 avec celles usitées actuellement.

D. Brézulier,
Spécialiste Qualifié, Assistant Hospitalo-Universitaire, Université de Rennes 1

O. Sorel
Spécialiste Qualifié, Professeur des Universités – Praticien Hospitalier, Université de Rennes 1

DÉFINITION
Alain Benauwt et Claude Duchâteau retiennent quatre qualificatifs pour les canines n’ayant pas fait leur éruption : dents incluses, enclavées, en désillusion et dent ectopique. Une canine incluse se définit comme « une dent retenue dans l’arcade maxillaire ou
mandibulaire au-delà de la date d’éruption, entourée de son sac péricoronaire et sans communication avec la cavité buccale »15. La canine retenue est immature,
non présente sur l’arcade à l’âge où elle aurait dû faire son éruption. Elle deviendra une dent incluse si elle reste dans sa crypte osseuse et achève son édification apicale. La fréquence d’inclusion des canines maxillaires oscille entre 0,8 % et 2,8 % avec une prévalence plus importante chez les femmes8,18,29.

HISTORIQUE
Sept références sont citées par Benauwt et Duchâteau.
Constatons que le principe basique du dégagement de l’os recouvrant la dent était déjà acquis en 1539 !
Les auteurs suivant (Talbot, Angle, Dunn, Tucail, Monteil) mettent en place un dispositif de traction.
Ce qu’il faut analyser sont les moyens de rétention de ce dispositif à l’émail : ils sont soit scellés, ou reposent sur le scellement d’une bague. Certaines techniques
nécessitent une perforation de la canine. Ces dispositifs, qui pourraient être aujourd’hui qualifiés de désuètes voir iatrogènes, nous rappellent les progrès
des techniques de collage en dentisterie dans la seconde moitié du XXe siècle.

ÉTIO‐PATHOGÉNIE
Nos auteurs distinguent les causes locales des causes générales. Elles sont toujours d’actualité, mais ont été appuyées ou précisées depuis par la littérature.

Causes locales
Au-delà des facteurs évoqués par les auteurs, il faut mentionner l’aspect déterminant de l’espace disponible pour la canine sur l’arcade et également la morphologie du maxillaire22,25,41. En effet, une endognathie maxillaire conduit souvent à la rétention des canines qui, au mieux, font leur éruption en situation ectopique, au pire reste incluse. De plus, la mésialisation des secteurs postérieurs peut amener à un manque de place pour l’évolution des canines.
Bien entendu, toutes les situations d’obstacles pour la canine définitive, peuvent mener à son inclusion : kyste, tumeur, dent surnuméraire, persistance de la
dent temporaire, infection3. Notons également l’origine iatrogène de l’inclusion par extraction précoce des canines temporaires.
Des auteurs expliquent que l’absence de guidage dû à l’absence des incisives latérales, par perte ou agénésie, ou à une anomalie de forme ou encore de
position de ces dents, conduit à un défaut de mise en place des canines6,33. Cette théorie du guidage est mise à mal par le fait que de nombreux cas d’inclusion de canines présentent des incisives latérales tout à fait normales en forme, volume et position 32,35

Causes régionales, générales et systémique

Elles sont aujourd’hui mieux appréhendées. Des maladies telles que l’hypothyroïdie, les dysostoses cléido-crâniennes, les amélogenèses imparfaites, la trisomie 21, l’ostéoporose, peuvent se retrouver associées à l’inclusion des canines. Le facteur génétique est actuellement étudié pour les cas d’inclusion34.

SYMPTOMATOLOGIE
La découverte de l’anomalie d’évolution de la canine se fait le plus souvent lors de l’examen clinique. Comme décrit par Benauwt et Duchateau, la persistance de la dent temporaire ou d’un diastème après son exfoliation doivent attirer notre attention. C’est la palpation qui permettra bien souvent d’évaluer la position de la canine. De plus, le signe de Quintero doit nous faire suspecter un problème d’évolution des canines.

RECHERCHE RADIOLOGIQUE
En 1968, trois types de clichés sont employés pour préciser la position de la canine incluse : la radiographie rétro-alvéolaire, le film occlusal et le cliché de
profil ou de trois quarts. De nos jours, l’orthopantomogramme, cliché basique du bilan dentaire, permet de mettre en évidence de nombreux cas d’inclusion de canines (fig. 1).

Figure 1 : Chez cette jeune patiente de 9 ans, l’analyse du panoramique montre le risque d’inclusion des canines. Trois mesures sont prises en considération pour établir le risque d’inclusion de la dent : angle entre son axe et la ligne inter-incisive (a), distance
au plan d’occlusion (h) et enfi n projection de la pointe canine sur l’incisive latérale (p). Les tableaux de Ericson, Kurol et Baccetti estiment les pourcentage d’inclusion en rapport avec ces données.

Différents paramètres peuvent y être mesurés pour établir le risque d’inclusion des
dents (1,16.)
Il faut cependant noter que le panoramique est une coupe tomodensitométrique. Par conséquent, une dent qui serait à distance du plan de coupe (canine palatine ou symphysaire) pourrait ne pas être visible sur les clichés (fig. 2).
Dans ce contexte, la précision des informations issues de ces clichés ne sont plus suffisantes dans les situations complexes. Le recours au CBCT aura
donc plusieurs objectifs : au-delà de la simple évaluation du risque d’inclusion (indice KPG)(13,14,23,24,36,) il permettra d’objectiver les rapports avec les dents
adjacentes (racines des incisives latérales, apex des prémolaires)17 En fonction de la complexité du traitement, la décision du chemin de traction le plus approprié et le moins risqué pour mettre en place la canine pourra se faire en toute objectivité19 (fig. 3)

Figure 2 : L’orthopantomogramme est une coupe tomographique. Par conséquent, une dent qui est hors de ce plan de coupe
n’est pas visible sur le cliché. Sur le panoramique ici, la canine incluse mandibulaire peut passer inaperçue. L’apport du CBCT
confi rme la présence sans appel d’une canine ectopique. En outre, les rapports avec les incisives mandibulaires et les corticales
peuvent être précisés38.


Figure 3 : Le CBCT permet au praticien de se représenter dans l’espace la position de la canine. Cette dernière est située
par rapport aux autres dents. Sur la coupe de gauche, la canine apparait à l’aplomb de la racine palatine de la prémolaire.

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